Victor Hugo Voyage de 1843 Victor Hugo à Pasaia

Victor Hugo à Pasaia

Pendant l'été 1843, Victor Hugo ne vient pas dans le but de visiter Pasaia, mais il découvre la ville par hasard. Il effectuait alors un voyage à travers les Pyrénées, et se promenant dans la région de Saint Sébastien, à travers le Mont Ulia, il arrive jusqu'à Pasaia San Pedro. Les batelières, femmes courageuses chargées du transport entre « le vieux et le nouveau Pasages », l'amènent jusqu'ici et enchanté de tout ce qu'il contemple, il décide d'y rester quelques temps, précisément dans la maison que nous connaissons aujourd'hui comme la Maison de Victor Hugo. En bon spectateur qu'il était il profite de l'occasion pour réaliser une magnifique description des alentours, avec un mélange de réalisme, de respect, d'humanisme, d'enthousiasme, et même d'ironie. Tous les écrits et notes de son voyage, écrit à la manière d'un livre journal, se trouvent dans le livre « Voyage vers les Pyrénées » (Philippe Lebaud, 2001). L'édition basque inclut aussi des illustrations qu'il a réalisées ici même.

De nombreux personnages illustres nous ont laissé des écrits sur leur séjour à Pasaia et dans le Pays Basque : Humbolt, Flaubert, Navagiero, Taine, Stendhal, Gauthier, Mérimée, entre autres, en ont réalisé de grandes descriptions. Hugo, en plus, y ajoute une extrême humilité et beaucoup de précision

« Un rideau de hautes montagnes vertes découpant leur sommet sur un ciel éclatant ; au pied de ces montagnes, une rangée de maisons étroitement juxtaposées ; toutes ces maisons peintes en blanc, en safran, en vert, avec deux ou trois étages de grands balcons abrités par le prolongement de leurs larges toits roux à tuiles creuses ; à tous ces balcons, mille choses flottantes, des linges à sécher, des filets, des guenilles rouges, jaunes, bleues ; au pied de ces maisons, la mer ; à ma droite, à mi-côte, une église blanche ; à ma gauche, au premier plan, au pied d'une autre montagne, un autre groupe de maisons à balcons aboutissant à une vieille tour démantelée ; des navires de toutes formes et des embarcations de toutes grandeur rangées devant les maisons, amarrées sous la tour, courant dans la baie ; sur ces navires, sur cette tour, sur ces maisons, sur ces guenilles, sur cette église, sur ces montagnes, et dans ce ciel, une vie, un mouvement, un soleil, un azur, un air et une gaieté inexprimables : voilà ce que j'avais sous les yeux.
Cet endroit magnifique et charmant comme tout ce qui a le double caractère de la joie et de la grandeur, ce lieu inédit est un des plus beaux que j'ai vus et qu'aucun « tourist » ne visite. Cet humble coin de terre et d'eau qui serait admiré s'il était en Suisse et célèbre s'il était en Italie, et qui est inconnu parce qu'il est en Guipuzcoa, ce petit éden rayonnant où j'arrivais par hasard, et sans savoir où j'allais, et sans savoir où j'étais, s'appelle en espagnol Pasages et en français le Passage."

Plus qu'un homme d'un extraordinaire talent littéraire, Victor Hugo fut un grand défenseur des causes universelles. Sa biographie souligne la carrure de sa personnalité compromise (il a passé presque 20 ans en exil) ; son impressionnante biographie associe la caresse de la tendresse à la finesse de sa sensibilité, à un idéalisme visionnaire... Ce ne sont pas seulement de jolis mots qui nous ont régalés, il nous a montré aussi son esprit de « contemplation », son observation avec l'esprit, comme le démontrent les généreuses descriptions de cette maison et de ses hôtes :

« La maison que j´habite est à la fois une des plus solennelles qui regardent la rue, et une des plus gaies qui regardent le golfe. (...). La maison où je suis a deux étages et deux entrées. Elle est curieuse et rare entre toutes, et porte au plus haut degré le double caractère si original des maisons de Pasages. C´est le monumental rapiécé avec le rustique. C´est une cabane mêlée et soudée à un palais. (...). Mais il semble que tout cela va s´effondrer. Les murs ont des lézardes qui laissent voir le paysage; les briquets du balcon d´en haut laissent voir le balcon d´en bas ; les planchers des chambres plient sous le pied. (...). Ce sont des gros madriers, de grosses planches, de gros clous, ajustés et assemblés d´une façon sauvage il y a trois cents ans, qui tremblent de vieillesse et on pourtant quelque chose de robuste et de redoutable. Cela menace dans la double acception du mot. Aucune lucarne, si ce n´est un rayon oblique d´un haut. Les marches, raccommodées à la serpe avec des planches posées de travers et comme jetées au hasard, semblent des pièges à loups. C´est à la dois croulant et formidable. D´immenses araignées vont et viennent dans cet enchevêtrement ténébreux. Une porte en chêne, épaisse de quatre pouces, garnies d´armatures solides quoique rongées de rouille, ferme cet escalier et isole au besoin le deuxième étage du premier. Toujours la forteresse dans la cabane.
Que dites-vous de cet ensemble ? Cela est triste ? repoussant ? terrible ? Eh bien non, cela est charmant.
D´abord, rien n´est plus inattendu. C´est là une maison comme on n´en voit nulle part. Au moment où vous vous croyez dans une masure, une sculpture, une fresque, un ornement inutile et exquis vous avertit que vous êtes dans un palais; vous vous extasiez sur ce détail qui est un luxe et luxe et une grâce, le cri rauque d´un verrou vous fait songer que vous habitez une prison; vous allez à la fenêtre, voici le balcon, voici le lac, vous êtes dans un chalet de Zug ou de Lucerne.
Et puis un jour éclatant pénètre et remplit cette singulière demeure; la distribution en est gaie, commode et originale; l´air salé de la mer l´assainit; le pur soleil de midi la sèche, la chauffe et la vivifie. Tout devient joyeux dans cette lumière joyeuse."

De son voyage de 1843, nous ne pouvons que souligner les circonstances qui entourent sa vie, et plus précisément, en septembre, la mort de sa fille Léopoldine et de son gendre Charles, qui non seulement l'ont contraint à un nécessaire départ, mais ont également marqué un point d'inflexion dans sa vie et dans son œuvre (pendant presque dix années, il ne publia rien).

 

 

 

Texte intègre sur Pasaia
1-Dessins de Victor Hugo à Pasaia
2-Dessins de Victor Hugo à Pasaia
Casa/Maison VICTOR HUGO ETXEA/house
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